Mood

L’Adieu à la Bise?

Une ? Deux ? Quatre ?… En commençant par la droite ou la gauche?

Je me souviens de la première fois où j’ai été présentée à ce qui était encore un inconnu quelques secondes avant ce moment fatidique où chacun doit puiser dans son bagage culturel pour seller une nouvelle rencontre.

C’était en 2004 et je venais de débarquer à Paris.

Lorsque j’ai tendu la main, un sourire colgate aux lèvres pourtant, six paires d’yeux se sont soudain braqués sur moi, choqués par tant de snobisme !

Cet inconnu dont j’avais à peine commencé à retenir le nom, a finalement brisé le silence en lançant « Les amis de mes amis sont mes amis ! On peut se faire la bise, hein !», avant de me flanquer un schmoutz bruyant à chaque joue. Puis d’éviter de justesse un bouche à bouche embarrassant provoqué par mes lèvres encore suspendues, prêtes à offrir la bise de trop “- Ah, ici, c’est deux seulement ! Hahahaa“.

Le plus ironique dans tout ça? C’est que je n’ai plus jamais re-croisé le chemin de cet homme. Et nous ne sommes jamais devenus amis.

Venant d’un pays où la bise est réservée à la famille et amis proches, voire du même sexe uniquement selon de quel côté de la ligne verte vous vous retrouvez à Beyrouth, cette pratique m’a interloquée sur le moment.

Puis j’ai fini par m’y faire, rattrapant très rapidement mes futurs compatriotes sur le terrain du bisou.

Je ne sais pas si c’est ce qui m’a valu d’être naturalisée quelques années plus tard, mais je ne vous cacherai pas que j’ai fini par y trouver un certain charme. Sauf pour la bise “professionnelle” dont j’appréciais moins la dimension politique, entre:

  • Ceux qui n’accordent les faveurs de leur joue que pour exprimer leur sympathie ou leur hostilité, ou encore pour marquer un territoire défini par la position qu’ils occupent sur l’échelle hiérarchique. Dans ce cas, la bise devient un LinkedIn à échelle réelle où chacun peut faire étalage de son réseau et ses degrés de connection,
  • Ceux pour qui la bise est une institution à part entière, sacrée, inébranlable, et dont la mission est de la faire perpétuer,
  • Ceux qui ont toujours pratiqué la distanciation sociale, avant que cela ne devienne dans l’air du temps, préférant réserver la bise à la sphère privée (ce qui était un peu mon cas, selon le contexte).

Et voilà que ce geste social si chaleureux, si engageant, tellement ancré dans nos habitudes depuis… depuis quand d’ailleurs? Est décrété du jour au lendemain danger public à bannir pour notre propre bien.

À un tel point que je me rends compte à l’instant que je suis déjà en train d’en parler au passé !

Dans quelques jours, nous sortirons petit à petit de ce long confinement, et même si je reste persuadée que les choses ne seront plus tout à fait comme avant… ou du moins, le temps que notre cerveau accomplisse ce qu’il sait faire de mieux, brouiller nos souvenirs, aussi collectifs soient-ils. Lorsque les masques tomberont, je me demande ce qu’il adviendra de la bise et toutes autres manifestations physiques de nos relations sociales?

La tyrannie du bisou et les frustrations accumulées des semaines et mois durant l’emporteront-elles sur la peur d’une nouvelle vague de contagion ? Ou est-ce que la bise retrouvera plus d’authenticité, nous permettant ainsi de montrer à ceux à qui elle est accordée combien ils comptent pour nous, et tout le plaisir que nous éprouvons en leur compagnie?

Allez, zou ! Et bisou ;)

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