Stan Smith : Autopsie d’un craquage

Ça fait un moment que je veux vous parler de mes nouvelles Stan Smith et du combat mené pendant des mois pour mettre la main dessus, à une époque où elles sont en rupture de stock jusque sur eBay.

Mais cet achat m’a poussée à prendre un peu de recul pour réfléchir sur ma relation avec la mode, je voulais savoir si je devais le mettre sur le compte d’une énième impulsion irrationnelle ou applaudir ma capacité à voir à long terme.

Après moult interrogations et une étude très approfondie sur le sujet, j’en ai conclu qu’il existait trois types de détenteurs de Stan Smith.

1# Les puristes

Les vrais, les purs, les durs. Ceux qui ont vécu ce moment clé de l’histoire de la mode (première fois qu’une pièce issue du milieu sportif “descendait dans la rue”) comme une osmose physique et psychique intime avec ce qui allait devenir une légende (je sais, ma phrase ne veut absolument rien dire, mais je trouvais que ça faisait pro). Ceux-là ont connu “l’avant-2012”. Ce sont des personnes issues de milieux et de mouvements très différents (sport, mode, musique, hip-hop, reggae, skinhead, etc.), elles ont choisi la Stan Smith pour affirmer leur style et ont entretenu le mythe en y liant leur image à jamais. Leur basket n’était plus vraiment immaculée, parfois même en lambeaux et carrément une atteinte à la dignité du peton, mais on s’en fout puisque ce n’était plus une simple chaussure, mais une signature ! Leur signature.

2# Les suiveurs

Ceux qui se sont découvert une passion subite pour cette basket en 2014. Il a suffit que Phoebe Philo, Gisele Bündchen ou encore Sofia Coppola les arborent à leurs pieds pour que cet Objet Fashion non Identifié soit élevé au rang de must-have hautement désirable et déferle sur toute la planète mode. Et bleu, rouge ou vert… qu’importe la couleur du contrefort pourvu qu’on ait le style.
Parmi ceux-là, je suis convaincue que certains s’en souviendront dans quelques années comme d’un amour de passage ou, pire, comme on se souvient de notre combo cropped top/mini jupe fendue en skaï/sandales à plateformes so 90s (ne me regardez pas comme ça, je ne parle pas pour moi… et puis, de toutes façons toutes les preuves ont été détruites).

3# Et puis il y a moi…

.. ou celles et ceux qui ont connu la Stan adolescents, l’ont reléguée aux oubliettes une fois devenus grands, et qui la retrouvent aujourd’hui comme on retrouve un vestige du passé.

a) La réédition de cette basket m’a replongée des siècles années en arrière ! Au même titre qu’un trench ou une Converse, cette pièce est à elle seule un mythe chargé d’histoire qui a traversé les décennies sans prendre une ride, au contraire (il paraît que le nouveau modèle est mieux fini et plus robuste, mais je ne peux malheureusement pas le confirmer). Et comme je suis en ce moment en pleine transition stylistique, je suis en train de revoir entièrement ma façon de m’habiller…

b) Ce qui nous amène au deuxième point : j’ai décidé de ne plus remplir mon dressing que d’intemporels et de basiques de qualité dont je ne regretterai pas l’achat dans 10 ou 20 ans. Et cette basket a tout d’une pièce que ma fille, si j’en ai une un jour, aura terriblement envie de me piquer quand elle fera un 38. Je ne pouvais donc pas la priver d’un héritage aussi noble.

c) Je cherchais désespérément des baskets blanches pour les beaux jours. Hors, comme par magie les Stan Smith ont été rééditées à ce moment-là… Et je crois aux signes !

d) Lorsque j’ai appris qu’elles étaient en rupture de stock partout, même après réassort, j’en ai fait une affaire personnelle et j’ai remué ciel et terre, jusque dans les friperies les plus improbables, pour les trouver dans ma pointure. Puis au moment où je commençais enfin à me faire une raison, je suis tombée dessus par… accident (= en rentrant dans une boutique pour me rabattre sur une paire de Vans blanches). Le dernier 38 en plus… souvenez-vous, les signes (cf. point c).

e) En les enfilant, l’ensemble jean brut/veste de smoking que je portais ce jour-là a tout de suite pris une autre allure. Ma tenue s’est illuminée et j’ai eu l’impression d’être la fille la plus cool de Marseille la boutique. Une inconnue m’a même complimentée avant de demander à la vendeuse de lui apporter les mêmes dans sa pointure (= le compliment ultime qu’une femme peut faire à une autre femme). Sans compter qu’elles sont terriblement confortables et que je ne veux que le bien de mes pieds.

Et je m’arrête là parce que je pense avoir trouvé tous les arguments pour justifier mon craquage…